Au vu de dans les concours et examens : ce que les jurys attendent

On lit « au vu de » sur des dizaines de copies chaque session, et dans la majorité des cas, l’expression est mal orthographiée, mal construite ou employée à contresens. Les rapports de jury le signalent régulièrement : une locution mal maîtrisée dans une copie de concours ne passe pas pour une coquille, elle signale un manque de rigueur rédactionnelle.

Comprendre ce que les jurys attendent autour de « au vu de » dans les concours et examens, c’est d’abord comprendre comment une erreur de langue peut peser sur une note.

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Erreurs fréquentes sur « au vu de » relevées par les jurys de concours

La confusion la plus courante dans les copies concerne l’orthographe. On trouve « au vue de », « en vu de », « au vues de » ou encore « au vus de ». Seule la graphie « au vu de » est correcte, avec « vu » invariable. Le mot « vu » fonctionne ici comme un nom masculin singulier (le vu, c’est-à-dire ce qui a été examiné), précédé de l’article contracté « au ».

L’autre piège fréquent, c’est la confusion entre « au vu de » et « en vue de ». Les deux locutions n’ont rien à voir. « Au vu de » signifie « compte tenu de », « étant donné ». On l’utilise pour introduire un constat, un élément factuel déjà connu. « En vue de » exprime un objectif, un but futur.

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  • « Au vu de » : introduit un fait constaté. Exemple dans une copie : « Au vu de la jurisprudence récente, cette interprétation paraît fragile. »
  • « En vue de » : exprime une finalité. Exemple : « En vue de l’examen, le candidat a révisé les fondamentaux. »
  • « Au vu et au su de tous » : locution figée qui signifie « de manière visible et connue de tous ». Le « su » vient de « savoir », pas de « voir ».

Un jury de concours administratif ou d’examen professionnel ne va pas retirer des points pour une seule faute isolée. En revanche, quand « au vu de » est mal écrit et que la copie contient d’autres approximations de langue, l’accumulation crée une impression de fragilité globale. Les rapports de jury insistent sur ce point : la qualité de l’expression écrite reste un critère transversal, quel que soit le concours.

Candidat passant un oral devant un jury dans une salle d'examen institutionnelle formelle

Attentes du jury à l’écrit : pourquoi la maîtrise de la langue pèse sur la note

Les candidats sous-estiment souvent le poids de la rédaction dans la notation. On pense que le fond prime sur la forme, et c’est vrai en partie. Mais les rapports de jury, notamment ceux des concours de la fonction publique territoriale ou d’État, rappellent chaque année que la clarté rédactionnelle fait partie de l’évaluation des compétences professionnelles.

Un attaché territorial, un secrétaire administratif ou un professeur rédigera des notes, des rapports, des courriers officiels. Le jury évalue donc la capacité du candidat à produire un écrit professionnel fiable. Une locution comme « au vu de » mal utilisée dans une note de synthèse envoie un signal négatif sur cette compétence.

Le cas de la note de synthèse et du rapport

Dans les épreuves de note de synthèse ou de rapport avec propositions, « au vu de » apparaît naturellement. On l’emploie pour relier une analyse à des éléments du dossier : « au vu des données budgétaires transmises », « au vu du cadre réglementaire applicable ».

Mal orthographier cette locution dans ce contexte précis est particulièrement visible. Le jury lit des centaines de copies structurées de la même manière. Les erreurs récurrentes sur les locutions courantes se repèrent immédiatement par contraste avec les copies propres.

Souveraineté du jury et cadre d’évaluation : ce qui a changé récemment

On entend souvent que le jury est « souverain » dans sa notation, ce qui est vrai pour l’évaluation des mérites des candidats. Mais cette souveraineté a des limites juridiques précises. Depuis une ordonnance du Conseil d’État du 22 juin 2026 concernant le concours de l’ENM, la souveraineté du jury est clairement limitée à l’évaluation des mérites et ne couvre plus les décisions relatives aux conditions d’admission à concourir.

Concrètement, le jury ne peut plus invoquer sa souveraineté pour refuser d’inscrire un candidat sur la liste des admis lorsqu’une décision administrative illégale l’avait exclu du concours puis a été annulée. Les attentes du jury doivent s’inscrire dans un cadre juridique plus strict qu’avant.

Pour les candidats, cela ne change pas la préparation linguistique. Mais cela confirme que le processus d’évaluation est encadré et que la notation repose sur des critères objectivables, y compris la qualité de l’expression.

Oral de concours : « au vu de » dans l’exposé et les réponses au jury

À l’oral, la locution « au vu de » est moins problématique sur le plan orthographique (on ne l’écrit pas), mais elle reste un marqueur de précision langagière. Les membres du jury remarquent quand un candidat utilise « au vu de » à bon escient pour articuler un raisonnement, par opposition à un vague « par rapport à » ou « en fonction de » utilisé comme passe-partout.

Les rapports de jury récents et les retours de présidents de jury convergent sur un point : l’oral évalue la posture professionnelle plus que les connaissances pures. La capacité à s’exprimer avec justesse, à choisir le bon registre de langue, à utiliser les connecteurs logiques appropriés fait partie de cette posture.

Articuler un raisonnement devant le jury

Quand un candidat dit « au vu des éléments que j’ai présentés, la solution X me paraît la plus adaptée », il montre qu’il sait conclure un raisonnement en s’appuyant sur des faits. C’est exactement ce que le jury attend : une capacité à passer du constat à la proposition, avec un vocabulaire adapté au contexte professionnel.

Les retours varient sur ce point selon les concours et les jurys, mais la tendance de fond reste la même : un candidat qui maîtrise les locutions formelles courantes (« au vu de », « en l’espèce », « à cet égard ») donne une image de rigueur sans avoir besoin de jargonner.

Candidate présentant un exposé écrit au tableau devant un jury lors d'un concours académique

Bien utiliser « au vu de » dans une copie de concours ou d’examen

On résume les points de vigilance concrets pour ne pas perdre de crédit sur cette locution.

  • Toujours écrire « au vu de » en trois mots, « vu » invariable, sans accord avec le nom qui suit. Jamais « au vue de », jamais « aux vus de ».
  • Ne pas confondre avec « en vue de » (objectif futur) ni avec « vu que » (conjonction causale, registre plus familier, à éviter dans une copie de concours).
  • Réserver « au vu de » aux passages où l’on tire une conséquence d’un élément factuel du dossier ou d’une analyse. Ne pas l’utiliser comme simple synonyme de « à cause de ».
  • Relire spécifiquement les locutions prépositionnelles lors de la relecture finale. Ce sont des zones de faute à fort impact visuel pour le correcteur.

La maîtrise d’une locution comme « au vu de » ne garantit pas la réussite, mais son absence de maîtrise peut coûter cher. Dans un concours où les écarts entre candidats se jouent sur quelques points, chaque signal de rigueur linguistique compte dans l’appréciation globale du jury.